Jeudi 3 avril 2008

 

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Alphonse de Lamartine


Lorsque seul avec toi, pensive et recueillie,

Tes deux mains dans la mienne, assis à tes côtés,

J'abandonne mon âme aux molles voluptés

Et je laisse couler les heures que j'oublie;

Lorsqu'au fond des forêts je t'entraîne avec moi,

Lorsque tes doux soupirs charment seuls mon oreille,

Ou que, te répétant les serments de la veille,

Je te jure à mon tour de n'adorer que toi;

Lorsqu'enfin, plus heureux, ton front charmant repose

Sur mon genou tremblant qui lui sert de soutien,

Et que mes doux regards sont suspendus au tien

Comme l'abeille avide aux feuilles de la rose;

Souvent alors, souvent, dans le fond de mon cœur

Pénètre comme un trait une vague terreur;

Tu me vois tressaillir; je pâlis, je frissonne,

Et troublé tout à coup dans le sein du bonheur,

Je sens couler des pleurs dont mon âme s'étonne.

Tu me presses soudain dans tes bras caressants,

 Tu m'interroges, tu t'alarmes,

Et je vois de tes yeux s'échapper quelques larmes

Qui viennent se mêler aux pleurs que je répands.

" De quel ennui secret ton âme est-elle atteinte ?

Me dis-tu : cher amour, épanche ta douleur;

J'adoucirai ta peine en écoutant ta plainte,

Et mon cœur versera le baume dans ton cœur. "

Ne m'interroge plus, à moitié de moi-même !

Enlacé dans tes bras, quand tu me dis : Je t'aime;

Quand mes yeux enivrés se soulèvent vers toi,

Nul mortel sous les cieux n'est plus heureux que moi ?

Mais jusque dans le sein des heures fortunées

Je ne sais quelle voix que j'entends retentir

Me poursuit, et vient m'avertir

Que le bonheur s'enfuit sur l'aile des années,

Et que de nos amours le flambeau doit mourir !

D'un vol épouvanté, dans le sombre avenir

Mon âme avec effroi se plonge,

Et je me dis : Ce n'est qu'un songe

Que le bonheur qui doit finir.



par MAMY ANNICK publié dans : LAMARTINE
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Vendredi 28 mars 2008

 

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C'est un petit vallon... (A. Lamartine)


Mon cœur lassé de tout, même de l'espérance,

N'ira plus de ses vœux importuner le sort ;

Prêtez-moi seulement le vallon de mon enfance

Un asile d'un jour pour attendre la mort

Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée,

Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais

Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée ,

Me couvrent tout entier de silence et de paix.

 Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure

Tracent en serpentant les contours du vallon ;

Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,

Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

La source de mes jours comme eux s'est écoulée

Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour.

Mais leur onde est limpide et mon âme est troublée

N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.

La fraîcheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne,

M'enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux ;

Comme un enfant bercé par un chant monotone,

Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.

Ah! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure,

D'un horizon borné qui suffit à mes yeux,

J'aime à fixer mes pas et seul dans la nature,

A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux.

Repose-toi, mon âme en ce dernier asile,

Ainsi qu'un voyageur, qui le cœur plein d'espoir

S'assied avant d'entrer aux portes de la ville

Et respire un moment l'air embaumé du soir.

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ;

L'homme par ce chemin ne repasse jamais :

Comme lui, respirons au bout de la carrière

Ce calme avant-coureur de l'éternelle paix.

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime ;

 Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours ;

Quand tout change pour toi, la nature est la même,

Et même le soleil se lève sur tes jours.

Suis le jour dans le ciel, suis l'ombre sur la terre,

Dans les plaines de l'air, vole avec l'Aquilon,

Avec les doux rayons de l'astre du mystère

Glisse à travers les bois, dans l'ombre du vallon.

Dieu pour le concevoir, a fait l'intelligence ;

Sous la nature enfin découvre son auteur !

Une voix à l'esprit parle dans son silence,

Qui n'a pas entendu cette voix dans son cœur ?




par MAMY ANNICK publié dans : LAMARTINE
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