Alfred de Musset - Poésies nouvelles Adieux à Suzon
Adieu, Suzon, ma rose blonde, Qui m'as aimé pendant huit jours ; Les plus courts plaisirs de ce
monde Souvent font les meilleurs
amours. Sais-je, au moment où je te
quitte, Où m'entraîne mon astre
errant ? Je m'en vais pourtant, ma
petite, Bien loin, bien vite,
Toujours courant.
Je pars, et sur ma lèvre ardente Brûle encore ton dernier baiser. Entre mes bras, chère imprudente, Ton beau front vient de reposer. Sens-tu mon coeur, comme il palpite
? Le tien, comme il battait gaiement
! Je m'en vais pourtant, ma
petite, Bien loin, bien vite,
Toujours t'aimant.
Paf ! c'est mon cheval qu'on apprête. Enfant, que ne puis-je en chemin Emporter ta mauvaise tête, Qui m'a tout embaumé la main ! Tu souris, petite hypocrite, Comme la nymphe, en t'enfuyant. Je m'en vais pourtant, ma petite, Bien
loin, bien vite, Tout en riant.
Que de tristesse, et que de charmes, Tendre enfant, dans tes doux adieux
! Tout m'enivre, jusqu'à tes
larmes, Lorsque ton coeur est dans
tes yeux. A vivre ton regard
m'invite ; Il me consolerait
mourant. Je m'en vais pourtant, ma
petite, Bien loin, bien vite, Tout
en pleurant.
Que notre amour, si tu m'oublies, Suzon, dure encore un moment ; Comme un bouquet de fleurs pâlies, Cache-le dans ton sein charmant ! Adieu ; le bonheur reste au gîte, Le souvenir part avec moi : Je l'emporterai, ma petite, Bien
loin, bien vite, Toujours à toi.
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